Pourquoi parler d'assertivité aujourd'hui ?

Vous êtes en réunion. Un collègue propose une idée que vous trouvez risquée. Vous avez trois options : vous taire pour ne pas créer de vagues, répondre sèchement, ou exprimer votre réserve avec clarté et respect. La troisième option a un nom : l'assertivité. Et si elle paraît simple sur le papier, elle reste l'une des compétences les plus difficiles à stabiliser sous pression.

Thomas Gordon a passé sa carrière à observer ce qui se joue dans ces moments-là. Son travail a donné naissance à un modèle en quatre styles de communication et à un test d'autodiagnostic utilisé par des milliers de coachs, formateurs et managers dans le monde. Cet article vous propose de comprendre le modèle, de situer votre propre style et de passer à l'action.

Qui est Thomas Gordon ?

Un psychologue au service de la relation

Thomas Gordon (1918-2002) est un psychologue américain formé à l'université de Chicago, où il a été l'élève de Carl Rogers. C'est un détail qui compte : Rogers est le fondateur de l'approche centrée sur la personne, un courant qui place l'écoute, l'empathie et le respect au centre de la relation d'aide.

Gordon a transposé ces principes dans la vie quotidienne. Là où Rogers travaillait en cabinet, Gordon a cherché à rendre ces outils accessibles à tous : parents, enseignants, managers. Ses programmes « Parents Efficaces » (P.E.T.) et « Leaders Efficaces » (L.E.T.) ont été déployés dans plus de 50 pays.

Ce qu'il a apporté de nouveau

Gordon ne s'est pas contenté de dire « écoutez mieux » ou « soyez plus ouverts ». Il a proposé des outils concrets et observables :

  • L'écoute active : reformuler ce que l'autre exprime pour vérifier qu'on a bien compris, sans interpréter ni juger.
  • Le message « je » : exprimer un besoin en parlant de soi plutôt qu'en accusant l'autre. « Je suis gêné quand la réunion démarre en retard » plutôt que « Tu es toujours en retard ».
  • La résolution de conflit sans perdant : chercher une solution qui respecte les besoins des deux parties, sans rapport de force.

Son test d'assertivité en 60 questions est un prolongement de ce travail. Il permet de poser un diagnostic rapide sur la manière dont une personne réagit dans les situations de tension ou de désaccord.

« On ne peut résoudre un problème relationnel en écrasant le besoin de l'autre. On ne peut pas non plus le résoudre en niant le sien. »Thomas Gordon

L'assertivité, qu'est-ce que c'est vraiment ?

Une définition claire

L'assertivité est la capacité à exprimer clairement ce que vous pensez, ressentez ou attendez, tout en respectant l'autre personne. Ce n'est ni de la gentillesse passive, ni de la franchise brutale. C'est une posture qui combine deux choses souvent perçues comme contradictoires : le respect de soi et le respect de l'autre.

En pratique, une personne assertive sait :

  • Dire non sans agressivité ni justification excessive.
  • Formuler un désaccord en restant calme et factuel.
  • Poser une limite sans rompre la relation.
  • Demander ce dont elle a besoin sans manipuler.

Ce que l'assertivité n'est pas

C'est un point important, car le mot est souvent mal compris :

  • Ce n'est pas de la domination polie. Être assertif ne signifie pas imposer sa position avec le sourire. Le but n'est pas de « gagner » l'échange.
  • Ce n'est pas de la communication non violente au sens strict. Gordon et Rosenberg (fondateur de la CNV) partagent des racines, mais leurs modèles diffèrent. L'assertivité selon Gordon est un style parmi quatre, pas une méthode complète.
  • Ce n'est pas un trait de personnalité. Vous n'êtes pas « assertif » ou « non assertif » par nature. C'est un réflexe qui dépend du contexte, de l'interlocuteur et du niveau de tension.

Point clé : l'assertivité n'est pas un idéal à atteindre en permanence. C'est un registre à renforcer pour qu'il devienne disponible quand vous en avez besoin, notamment dans les situations où vous avez tendance à basculer vers un autre style.

Les 4 styles de communication selon Gordon

Le modèle de Gordon distingue quatre réflexes relationnels. Chaque personne peut mobiliser les quatre selon les situations, mais l'un d'entre eux tend à dominer, surtout quand la pression monte.

1. Le retrait (ou évitement)

Vous évitez la confrontation. Vous dites oui alors que vous pensez non. Vous repoussez les sujets sensibles. Vous préférez rester en retrait plutôt que de prendre position. Ce style protège la relation à court terme, mais il a un coût : vos besoins deviennent invisibles, la frustration s'accumule et les décisions se prennent sans vous.

2. L'expression directe sous tension (ou agressivité)

Vous prenez la place dans l'échange. Vous coupez la parole, montez le ton, cherchez à conclure vite. Vous supportez mal la contradiction. Ce style témoigne d'énergie et de conviction, mais la forme peut écraser le fond : l'autre se ferme, se défend ou se soumet, et le vrai sujet n'est pas traité.

3. Le mode indirect (ou manipulation)

Vous passez par des détours, des sous-entendus, des jeux d'influence. Vous préférez suggérer plutôt que demander frontalement. Vous observez depuis la coulisse. Ce style peut traduire de la finesse relationnelle, mais il brouille le message ; l'autre ne sait pas vraiment ce que vous voulez et la confiance s'érode.

4. L'assertivité

Vous exprimez votre point de vue avec clarté. Vous écoutez celui de l'autre. Vous cherchez un accord réaliste plutôt qu'un rapport de force. Vous dites non quand il le faut, sans en faire un drame. C'est le style le plus favorable pour traiter un désaccord sans casser la relation.

Style Réflexe dominant Force Risque
Retrait Éviter le conflit Préserve la relation Frustration, invisibilité
Expression directe Imposer sa position Énergie, franchise Blocage, climat tendu
Mode indirect Contourner, influencer Finesse, lecture du contexte Confiance fragilisée
Assertivité Exprimer et écouter Clarté, coopération Peut vaciller sous stress
Les 4 styles de communication décrits par Thomas Gordon et les principaux risques associés en contexte professionnel.

À noter : Gordon utilisait les termes « passif », « agressif » et « manipulateur » dans son questionnaire original. Ces mots portent un jugement que le modèle ne cherche pas à poser. Les formulations « retrait », « expression directe sous tension » et « mode indirect » décrivent le même phénomène de façon plus juste.

Pourquoi l'assertivité change la donne en entreprise

Pour les managers

Un manager passe une bonne partie de son temps dans des situations qui sollicitent directement son style de communication : donner du feedback, arbitrer un désaccord, refuser une demande, recadrer un comportement, porter un message difficile.

Dans chacune de ces situations, le style utilisé change radicalement le résultat :

  • Un feedback donné en mode « expression directe » sera perçu comme une attaque. Le collaborateur se ferme.
  • Un feedback donné en mode « retrait » ne sera pas donné du tout. Le problème persiste.
  • Un feedback donné en mode assertif porte sur un fait, décrit un impact et ouvre une conversation. Le sujet avance.

Pour les équipes

L'assertivité n'est pas qu'une compétence individuelle. Quand elle est partagée dans une équipe, elle modifie le climat de travail :

  • Les désaccords sont traités au lieu d'être enterrés.
  • Les décisions sont prises avec plus de transparence.
  • Les tensions ne s'accumulent pas jusqu'au point de rupture.
  • Chacun ose exprimer un doute ou un besoin sans craindre la réaction.
Dans mon expérience de coach auprès de CODIR et de managers, l'assertivité est souvent le premier levier travaillé. Non pas parce que c'est la compétence la plus importante, mais parce que c'est celle qui débloque toutes les autres.Alexis Leroy, Kaizen Suru

Comment développer son assertivité

Repérer vos bascules

La première étape n'est pas de « devenir assertif » mais de comprendre dans quelles situations vous ne l'êtes pas. La plupart des gens sont assertifs dans certains contextes et basculent dans un autre style quand l'enjeu monte : face à un supérieur hiérarchique, en cas de conflit ouvert, sous la pression du temps.

Le test de Gordon est utile ici : il donne une photographie de vos réflexes actuels. Pas une étiquette définitive, mais un point de départ.

Cinq pratiques concrètes

  1. Le message « je ». Avant un échange sensible, préparez une phrase qui commence par « je » et qui décrit un fait, un impact et un besoin. « Je constate que le livrable a pris trois jours de retard. Cela met en difficulté l'équipe en aval. J'ai besoin qu'on cale un plan de rattrapage. »
  2. Le refus simple. Entraînez-vous à dire non sur des demandes à faible enjeu cette semaine. « Non, je ne pourrai pas prendre ce sujet. » Point. Pas de justification en cascade.
  3. La reformulation. Avant de défendre votre position, reformulez celle de l'autre en une phrase. Cela prouve que vous avez écouté et désarme la défensive.
  4. Le bon moment. Un feedback donné à chaud sous le coup de l'émotion bascule presque toujours dans l'expression directe. Attendez, préparez, puis parlez.
  5. L'observation post-échange. Après chaque conversation importante, demandez-vous : ai-je été clair ? Ai-je écouté ? Ai-je respecté l'autre et moi-même ?

Le rôle du coaching

L'assertivité se travaille sur le terrain, pas dans un livre. Un coaching professionnel permet d'accélérer la progression en travaillant directement sur vos situations réelles : les réunions où vous vous taisez, les échanges où vous montez le ton, les conversations que vous repoussez depuis trois semaines.

Le coach ne vous dit pas quoi faire. Il vous aide à voir ce qui se passe dans ces moments-là et à trouver une posture qui vous ressemble.

Le test de Gordon : évaluer votre style en 5 minutes

Le test de Gordon est un autodiagnostic en 60 questions. Pour chaque affirmation, vous répondez « Plutôt vrai » ou « Plutôt faux ». Le résultat donne un score sur 15 pour chacun des quatre styles, avec une interprétation et des pistes de coaching adaptées à votre profil.

Quelques points importants :

  • Le test est gratuit, sans inscription et sans collecte de données nominatives.
  • Vos réponses restent sur votre appareil : rien n'est envoyé à un serveur.
  • Le résultat n'est pas un jugement. C'est une photo de vos réflexes actuels, utile pour orienter votre progression.

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Questions fréquentes

L'assertivité comme principe — exprimer ses besoins en respectant l'autre — est universelle. En revanche, la manière de la pratiquer varie selon le contexte culturel. Dans une organisation très hiérarchique, être assertif avec son N+2 ne prend pas la même forme que dans une startup horizontale. Le fond reste le même : clarté, respect, écoute. La forme s'adapte.

Par définition, non. L'assertivité inclut le respect de l'autre. Si vous imposez votre point de vue sans laisser de place, ce n'est plus de l'assertivité, c'est de l'expression directe sous tension. Le risque n'est pas d'être « trop » assertif, mais de confondre assertivité et franchise sans filtre.

Le test de Gordon est un autodiagnostic, pas un outil psychométrique normé comme le MBTI ou le Big Five. Sa valeur ne réside pas dans une mesure statistique, mais dans la prise de conscience qu'il provoque. Il est largement utilisé en coaching et en formation comme outil de démarrage, pas comme verdict.

Les deux approches partagent des racines communes (Carl Rogers) et se rejoignent sur l'idée d'exprimer ses besoins sans agresser l'autre. La CNV de Marshall Rosenberg est une méthode structurée en quatre étapes (observation, sentiment, besoin, demande). L'assertivité selon Gordon est un style parmi quatre, identifié par un test. Ce sont des outils complémentaires, pas concurrents.

Il n'y a pas de durée standard. L'assertivité n'est pas une compétence qu'on « acquiert » une fois pour toutes. C'est un réflexe qu'on renforce progressivement en le pratiquant dans des situations réelles. Certaines personnes constatent des changements en quelques semaines avec un coaching ciblé, d'autres ont besoin de plusieurs mois pour stabiliser leur posture dans les contextes qui leur coûtent le plus.

Travailler votre assertivité dans la réalité de votre poste ?

Coaching individuel de manager, accompagnement de CODIR ou atelier sur la communication — je construis avec vous un dispositif adapté à votre contexte réel, pas un programme générique. Nous partons de vos situations concrètes pour faire évoluer votre style de communication là où l'impact est le plus fort.

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